Gens du voyage à Saint-Lys
Gens du voyage de passage à Saint-Lys
L’installation, le 8 août dernier, d’une vingtaine de caravanes de gens du voyage sur le terrain d’entraînement de football de Saint-Lys a ravivé une question qui revient désormais régulièrement : comment gérer les déplacements des gens du voyage tout en protégeant les équipements publics, les terrains agricoles et la tranquillité des habitants ?
La municipalité de Saint-Lys a réagi. Elle affirme avoir envoyé rapidement un élu sur place, proposé deux terrains alternatifs, puis saisi la préfecture et le Muretain Agglo. Elle annonce aujourd’hui un départ négocié pour le 23 août. Il serait donc injuste de dire que rien n'a été fait, même si cela a été insuffisant. Dans l'urgence, la municipalité a cherché une solution, faute d’avoir eu une réflexion préalable. Mais cette réaction soulève néanmoins une question essentielle : pourquoi Saint-Lys se retrouve-t-elle encore dans cette situation en août 2026 ?
Toujours dans l’urgence
La communication municipale donne le sentiment d'une commune qui subit une situation pourtant devenue prévisible. Le terrain de foot avait déjà été occupé il y a deux ans, mais, entre-temps, aucun plan d’action n’aurait apparemment été élaboré. Aussi, quand le groupe de caravanes arrive la mairie de Saint-Lys, désemparée et inexpérimentée, assiste impuissante à la réoccupation du même terrain de foot, installe l'eau, l'électricité, et les containers à poubelles ; puis, elle négocie leur départ et le paiement des services. C’est la répétition de cette situation sur un terrain de foot qui n’est pas normale.
Gérer, c’est prévoir
La question que l'on peut donc poser à la municipalité de Thierry Bertrand est simple : quelle politique entend-elle mettre en œuvre pour que Saint-Lys ne soit pas condamnée à gérer chaque été les conséquences d’une occupation sauvage sur notre commune ?
Le contraste avec Fonsorbes mérite d'être examiné. En juin, des caravanes s'étaient installées sur les terrains de football des Boulbènes. M. Le maire, M. Lafoux, s'était rendu rapidement sur place, avait refusé de considérer cette occupation comme acceptable et avait engagé une procédure d'expulsion. Quelques jours plus tard, avec le concours de la préfecture et de la gendarmerie, les occupants avaient quitté les lieux. Cette comparaison ne doit cependant pas être transformée en caricature. Par son action, le maire de Fonsorbes rejette le problème sur une autre commune. Ce n’est pas la solution pérenne.
Il existe déjà une aire à Saint-Lys
Il faut toutefois apporter une précision essentielle, parfois absente des débats sur les réseaux sociaux : Saint-Lys dispose déjà d'une aire destinée aux gens du voyage de 14 emplacements, créée en 2006 par la volonté du maire de l'époque, P. Lasseube, qui a toujours été impliqué dans la problématique des gens du voyage. Cette aire accueille notamment des familles présentes de manière relativement durable sur le territoire, avec des modes de vie qui peuvent être qualifiés de semi-sédentaires. Certaines familles vivent ainsi depuis longtemps dans le secteur, y ont leurs habitudes, leurs relations avec les habitants, leurs enfants scolarisés, leurs activités professionnelles et parfois des liens anciens avec la commune.
Les aires d’accueil communales ne sont pas faites pour accueillir un groupe de plusieurs dizaines de caravanes correspondant à un regroupement évangélique et familial. Dans ce cas, c’est le pasteur avec les chefs de famille qui gèrent ces regroupements, tel que celui de Saint-Lys. Les familles présentes sur le terrain de foot sont des familles d’artisans (voir les sigles sur les véhicules, tels que nacelles, camionnettes et utilitaires) qui ont leur clientèle ici, dans le secteur. Il serait donc particulièrement maladroit de présenter les gens du voyage comme une population uniforme opposée aux « habitants ». La réalité est beaucoup plus complexe.
« Gens du voyage » ne signifie pas « une seule communauté »
Le terme administratif de « Français itinérants » ou « gens du voyage » recouvre des populations différentes, ayant des histoires, des traditions et des rapports à la mobilité très divers.
On trouve notamment des Manouches, historiquement présents dans différentes régions du nord de la France et d'Europe ; des Gitans, dont une partie possède une histoire profondément liée à la péninsule Ibérique et aux mondes catalan et camarguais. Des groupes gitans sont présents depuis six siècles en Occitanie, créant ce fameux parler caló. L'exemple le plus connu du caló est celui des Gipsy Kings, qui mêlent donc occitan, catalan et espagnol pour en faire des tubes dans le monde entier !
Les Roms, quant à eux, constituent une réalité historique et culturelle de l'Europe centrale et orientale, mais ils n'ont pas de racines ici. Il faut notamment éviter de confondre automatiquement « Roms » et « gens du voyage » : juridiquement et historiquement, ces catégories ne sont pas synonymes.
De même, tous les gens du voyage ne sont pas itinérants de la même manière. Certains sont encore très mobiles. D'autres sont semi-sédentaires. D'autres enfin vivent pratiquement toute l'année dans un même secteur tout en conservant une culture et une identité liées à l'histoire du voyage. Ici même, dans notre commune, plusieurs familles de gens du voyage ont fait souche depuis longtemps, sur plusieurs générations. N’oublions pas que la vitalité du marché de plein vent de Saint-Lys, tous les mardis, est à mettre au compte des gens du voyage qui tiennent un nombre important d’étalages et de stands : vêtements, matelas, rempaillage, bibelots, artisans et entretien des espaces verts...
Les pouvoirs publics doivent tenir compte de leurs situations différentes. Une famille semi-sédentaire présente toute l'année sur une aire n'a évidemment pas les mêmes besoins qu'un groupe de plusieurs dizaines de caravanes arrivant pour quelques jours ou quelques semaines à l'occasion d'un grand rassemblement. C'est précisément pour cette raison que les équipements doivent être différenciés.
Moderniser l'aire existante de Saint-Lys
Il y a donc un deuxième dossier que le Muretain Agglo devrait prendre à bras-le-corps : la modernisation de l'aire existante de Saint-Lys. Cette aire a été créée en 2006. Elle répondait à une situation et à des besoins qui ont évolué. Il serait aujourd'hui pertinent de réaliser un véritable diagnostic de l'équipement : état des installations, capacité, sanitaires, branchements, sécurité, espaces communs, conditions d'accueil, entretien et adaptation aux besoins actuels des familles qui y résident.
Le véritable problème reste l'absence d'une aire de grand passage
C'est ici que se trouve probablement le cœur du dossier. Le Muretain Agglo dispose d'une compétence en matière d'accueil des gens du voyage, mais le territoire ne dispose toujours pas d'une solution satisfaisante pour les grands groupes itinérants. Une aire d'accueil communale permanente et une aire de grand passage ne répondent pas au même besoin. La première permet à des familles de disposer d'un lieu aménagé pour des séjours plus réguliers. La seconde est précisément destinée à accueillir temporairement des groupes importants de passage. Sans cette infrastructure, le problème se déplace. Hier, c’était Fonsorbes ; aujourd'hui, Saint-Lys ; demain, une autre commune.
Ce n'est pas une politique publique cohérente : c'est le déplacement géographique d'un problème qui devrait être traité à l'échelle intercommunale. Une responsabilité qui dépasse largement Saint-Lys.
Il faut donc être précis sur les responsabilités. La création, l'aménagement, l'entretien et la gestion des aires d'accueil et des terrains familiaux relèvent du Muretain Agglo dans le cadre de la compétence qui lui a été transférée. Le maire de Saint-Lys est évidemment en première ligne lorsqu'un terrain communal est occupé illégalement. Il doit protéger les équipements municipaux, faire respecter le droit et défendre les intérêts de la commune. Mais il ne peut pas, à lui seul, créer l'équipement intercommunal qui manque au territoire.
La critique adressée au maire Thierry Bertrand doit donc être proportionnée. On peut lui reprocher de ne pas avoir suffisamment anticipé, puisqu’il est élu municipal depuis 2020, ou de ne pas avoir suffisamment d’influence dans les débats intercommunaux de Muretain Agglo.
L'État porte également une lourde responsabilité. Depuis plus de vingt-cinq ans, la France dispose de la loi Besson, imposant aux collectivités locales d'organiser l'accueil des gens du voyage. Pourtant, les retards dans la réalisation des équipements persistent. Le défenseur des droits constatait encore récemment que les objectifs concernant notamment les aires de grand passage étaient loin d'être totalement réalisés.
Plus révélateur encore, le sous-préfet de Muret, M. P. Bagdian, reconnaissait en juin 2026 que le département accusait un retard considérable sur certains territoires. L'État se retrouve donc dans une situation paradoxale. Il édicte les règles. Il demande aux collectivités de réaliser les équipements. Il intervient lorsqu'une occupation illégale se produit. Mais il ne parvient pas toujours à faire respecter suffisamment rapidement les obligations d'aménagement, qui permissent justement de réduire ces situations, car il est trop centralisé et bureaucratique.
Cet empilement de responsabilités administratives peut donner l'impression que chacun dispose d'une partie de la solution, mais que personne ne possède véritablement la capacité ou la volonté politique de régler définitivement la question. L'État devrait se tenir aux missions régaliennes, tandis que les intercommunalités devraient assumer beaucoup plus clairement leur responsabilité opérationnelle. La solution ne peut se trouver sans mettre autour d’une même table tous les protagonistes : les élus, les services de l’État et les représentants des gens du voyage. La décentralisation est en fait la clé de la solution.
Il faut aussi sortir de la caricature
Il serait enfin dangereux de transformer cette affaire en opposition entre « les habitants » et « les gens du voyage ». Une occupation illégale d'un terrain communal doit être traitée comme telle. Un terrain de football doit rester disponible pour les associations et les jeunes qui l'utilisent. Les propriétaires privés et les collectivités doivent pouvoir faire respecter leurs droits. Mais parallèlement, les gens du voyage doivent disposer des équipements accordés par la loi Besson. Ces deux principes ne sont absolument pas contradictoires. Bien au contraire : c'est précisément parce qu'il faut faire respecter les règles qu'il faut disposer d'une politique d'accueil réellement fonctionnelle.
Saint-Lys doit maintenant prendre sa part du débat
La municipalité de M. Thierry Bertrand ne peut pas simplement attendre le prochain épisode. Elle n'avait pas du tout réfléchi en amont à la problématique des gens du voyage. Or, gouverner, c'est prévoir. Maintenant, elle devrait défendre trois objectifs auprès du Muretain Agglo :
- Moderniser l'aire existante de Saint-Lys ;
- S’investir dans le débat pour obtenir enfin une véritable aire de grand passage à l'échelle de l'agglomération ;
- Mettre en place une politique anticipée de gestion des rassemblements estivaux, en lien avec le Muretain Agglo, la préfecture et les représentants des différentes communautés concernées.
C'est à cette condition que Saint-Lys sera dans l’avenir capable de défendre ses équipements avec détermination et efficacité. Il ne s'agit donc ni de fermer les yeux sur les occupations illégales ni de stigmatiser les gens du voyage. Il s'agit de faire enfin fonctionner correctement un système qui, depuis trop longtemps, repose sur l'improvisation, la démagogie, le déplacement du problème d'une commune à l'autre et le renvoi des responsabilités entre collectivités et État.
M. Nicolas Rey-Bèthbéder, conseiller municipal, Saint-Lys Avenir.
M. Patrick Lasseube, maire honoraire.
Texte publié avec le regard du réseau associatif Iura Vaga pour les droits des gens du voyage.
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