Ne pas penser petit

Publié le par Nicolas Rey-Bèthbéder

Ne pas penser petit

Ne pas penser petit.


 

« Tant il est vrai que, face aux grands périls, le salut n'est que dans la grandeur. » — Charles de Gaulle, Mémoires de guerre, tome I, « L'Appel » (1954).


 

Cinq mois après son installation, Thierry Bertrand a plutôt bien commencé. Les comptes semblent tenus, les impôts n'ont pas augmenté, et le climat au conseil municipal s'est apaisé après une fin de mandat précédent tendue. C'est ce qu'on attend d'une équipe qui prend la suite d'une commune dont les finances s'érodaient : regarder les chiffres avant de faire des promesses.

Il y a eu, aussi, la fête locale. Fin août, malgré une année marquée par la chaleur et les tensions, la fête de Saint-Lys s'est bien passée : quatre jours de bal et de feux d'artifice, sans incident majeur. C'est un point positif qu'il ne faut pas minimiser : la municipalité et le comité des fêtes ont su refaire de la halle un lieu de convivialité avec un repas ouvert à tous. Mais une fête réussie ne fait pas, à elle seule, une politique municipale. Le risque serait de s'en satisfaire pendant que les dossiers de fond attendent.


 

Trois épisodes qui n'avaient rien d'imprévisible.

Le printemps et l'été 2026 ont mis Saint-Lys face à trois difficultés bien réelles.

La chaleur dans les écoles, d'abord. Ce n'est pas un problème nouveau : les bâtiments scolaires sont mal adaptés aux fortes chaleurs depuis des années. La municipalité précédente avait commencé à végétaliser les cours d'école dès 2025 — un premier pas, pas une solution. Ce printemps, un épisode de chaleur exceptionnel a relancé le débat, et nous, à Saint-Lys Avenir, avions programmé l'installation de la climatisation, face à l'évidence du réchauffement climatique. Nous attendions donc de la nouvelle équipe une réponse plus structurelle. Depuis, on gère l'urgence au jour le jour, sans qu'un plan municipal de rafraîchissement des écoles ait encore été présenté. Or ce n'est pas un épisode isolé : les étés chauds vont se répéter. Une gestion à courte vue se contente d'ouvrir les fenêtres un peu plus tôt ; une vision de long terme se donne un calendrier de travaux, même étalé sur plusieurs années.

Les gens du voyage, ensuite. Il serait injuste d'en faire porter toute la responsabilité au maire : la gestion des aires d'accueil relève largement du Muretain Agglo, pas de la seule mairie. La vraie question est ailleurs : Saint-Lys, l'État et l'intercommunalité avec elle, ont-elles anticipé les grands passages de l'été, qui reviennent pourtant chaque année ? La réponse dans l'urgence a été plutôt correcte ; l'anticipation, elle, a manqué. C'est cette différence — agir dans l'instant ou préparer à l'avance — qui sépare une gestion au coup par coup d'une vision de long terme.

L'incendie du 17 août, enfin, rappelle qu'une commune se juge aussi sur sa capacité à prévenir les risques : secteurs sensibles bien identifiés, accès pour les pompiers, dispositif de crise, lien avec le SDIS. Ce n'est pas la mairie qui éteint les feux, mais c'est elle qui doit s'être posé les bonnes questions avant, en connaissant bien les sites sensibles à contrôler et à surveiller.


 

Un même fil : l'anticipation.

Pris séparément, ces trois dossiers paraissent anecdotiques. Mis bout à bout, ils dessinent un profil : celui d'une équipe qui gère bien l'instant présent, mais qui n'a pas encore montré qu'elle savait se projeter. C'est cela, concrètement, que veut dire « penser petit » en politique locale : non pas l'absence d'action, mais l'absence d'horizon. On répare, on éteint, on rassure — mais on ne dit pas encore ce que sera Saint-Lys dans cinq ou dix ans.

Le même constat vaut pour les incivilités, priorité affichée pendant la campagne : aucun bilan chiffré ne permet aujourd'hui de dire si la situation s'est améliorée, ni quel dispositif précis a été mis en place. Les intentions sont là ; les résultats restent à démontrer.

Sur le piétonnier route de Saint-Clar, dont la municipalité précédente a lancé les travaux de la première tranche, il serait logique que la deuxième tranche s'enchaîne sans tarder : à défaut, ce premier tronçon resterait comme un pont construit au milieu de la nature, sans autre rive à relier. Achever une réalisation, même engagée par l'équipe précédente, n'est pas seulement une question de cohérence : c'est une nécessité.


 


 

Le bon sens ne suffit pas.

Thierry Bertrand aime parler d'une « politique de bon sens ». La formule séduit — qui pourrait être contre le bon sens ? Mais elle a une limite : le bon sens, c'est ce qui devient évident une fois qu'un problème s'est présenté. Or gouverner, c'est autre chose : c'est prévoir, c'est-à-dire agir sur ce qui n'est pas encore visible. Le bon sens dit qu'il faut ouvrir les fenêtres quand il fait chaud ; il ne dit pas comment préparer l'école pour l'été suivant. C'est une qualité utile au quotidien, mais elle ne remplace pas une vision à moyen terme.


 

Une commune n'est pas une famille.

Autre image souvent employée : celle du maire qui gérerait « en bon père de famille ». L'intention est compréhensible — elle évoque la prudence et le refus du gaspillage. Mais l'image ne correspond pas tout à fait à la réalité d'une commune de bientôt dix mille habitants. Une famille a un intérêt commun ; une ville doit arbitrer entre des besoins différents, parfois contradictoires. Une famille gère un budget de ménage ; une commune gère plusieurs millions d'euros, des compétences partagées avec l'intercommunalité, des services publics pour tous les âges. C'est une image rassurante, mais elle dit peu de choses sur les choix concrets qui restent à faire.


 

Septembre 26, une échéance à ne pas manquer.

C'est pourquoi le mois qui vient compte beaucoup. L'audit financier lancé au printemps doit déboucher sur des décisions concrètes : quels investissements pour la voirie, l'urbanisme, le commerce, les équipements ? Une nouvelle salle des fêtes verra-t-elle le jour ? Quels engagements précis pour les écoles, la sécurité, les services aux habitants ?

La prudence des cinq premiers mois se comprenait bien comme une étape normale, le temps de faire le point sur des finances fragiles. Mais cette prudence ne peut pas durer indéfiniment — et l'audit ne doit pas devenir, à son tour, un prétexte pour continuer à attendre. Un audit sert à préparer une décision, pas à la remplacer. Si celui de septembre débouche sur des engagements clairs et chiffrés, ce début de mandat aura été ce qu'il annonçait : une prise en main sérieuse avant l'action. S'il ne donne lieu qu'à de nouvelles études, sans calendrier ni budget, alors la critique de l'attentisme, déjà formulée par Saint-Lys Avenir en avril, se confirmera.


 

Garder la mesure.

Il faut le dire clairement : Thierry Bertrand n'est pas en situation d'échec. Cinq mois, ce n'est rien à l'échelle d'un mandat de six ans, et la rigueur budgétaire affichée est plutôt de bon augure. La place de Saint-Lys au sein du Muretain Agglo est un atout réel, à condition qu'elle serve à peser sur les dossiers qui dépassent la commune — les gens du voyage y compris.

Mais il ne faut pas non plus se satisfaire de trop peu. Une équipe qui a fait campagne sur le changement ne peut pas se contenter, cinq mois plus tard, d'avoir tenu les comptes et réussi la fête locale. Les Saint-Lysiens n'ont pas voté pour un audit : ils ont voté pour un projet. Le bon sens et la prudence d'un bon père de famille sont des qualités respectables, mais elles ne dispensent pas d'une vision pour une ville de dix mille habitants. Tout l'enjeu de septembre est là : sortir de la gestion du quotidien et, enfin, penser grand.

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article